Enquêter en bas de chez soi (27/12/2015)

J’habite à mi-chemin entre la place de la République et la salle du Bataclan.

Je suis sociologue au Centre National de la Recherche Scientifique. Mes domaines de recherche sont la mémoire sociale et sa localisation.

Depuis plusieurs années, mon terrain d’enquête est Paris.

Ces deux caractéristiques ne suffisent pas bien entendu à dire qui je suis. Elles suffisent toutefois à dire d’où je prends la parole.

Ces chroniques n’ont pas vocation à être un journal intime, pas davantage un article scientifique. Elles résultent de l’apparition, juste en bas de chez moi, de phénomènes sociaux semblables à ceux que j’étudient depuis des années mais à partir de terrains d’enquête situés jusqu’ici dans des lieux plus éloignés de mon quotidien ou dans des périodes que je n’ai pas vécues.

Pour la sociologue de la mémoire, tenir ces chroniques résulte d’un besoin de trouver un nouveau mode d’écriture.  Un moyen de partager des réflexions d’une scientifique avec un public plus large que le seul lectorat universitaire. Pour l’habitante du 11ème arrondissement, tenir ces chroniques est un moyen de mettre à distance un environnement quotidien, parfois difficile à vivre depuis les attentats.

Le regard d’une habitante sociologue, ou d’une sociologue habitante, de ce que les commentateurs désignent désormais comme le “quartier du Bataclan”.

Le 13 novembre, mon homme, mes deux enfants et moi-même sommes rentrés chez nous à 21h. A l’heure des tueries, mon fils et ma fille dormaient.

Nous les adultes n’avons d’abord rien entendu. Puis le bruit assourdissant des sirènes, l’avalanche de coups de fil. Une nuit blanche. Et le jour d’après. Une nuit semblable à celle vécue par tous les habitants du quartier. A cet égard, rien de singulier. Rien probablement qui ne vaille la peine d’écrire.

C’est sur l’après, lorsque l’Evénement lui-même est “passé” que portent ces chroniques sociologiques du bas de chez moi.

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