Evénement(s) (27/12/2015)

Les historiens attribuent un rôle central à l’Evénement dans l’analyse des transformations sociales et politiques. Il ne fait aucun doute que les attentats du 13 novembre constituent un événement.

Et pourtant de nombreuses études de sciences sociales ont montré que l’événement n’agit jamais seul. Il est toujours subjectivement interprété. A tel point que l’idée même d’événement collectif doit être envisagée avec prudence.

Les psychologues sociaux, par exemple, tentent de cerner l’effet de l’événement en étudiant non la manière dont les individus s’en souviennent directement mais la manière dont ceux-ci se souviennent du contexte dans lequel ils ont pris, à l’époque, connaissance de l’événement (avec qui, où, quand, en faisant quoi …etc). Ils parlent de “Flashbulb memories“, “souvenirs flash”. C’est par son reflet et non par lui-même que l’événement est alors approché.

J’ai déjà dit dans quelles circonstances j’ai pris connaissance des événements qui ont marqué la nuit du 13 novembre.

C’est un autre événement, sans majuscule celui-là, qui prend sens pour moi. Le 27 décembre, aux environs de 10h30, je sors de chez moi en compagnie de ma fille de sept ans. Souvent lorsque nous sortons courir toutes les deux le dimanche matin, ma fille a envie de passer devant son école. Comme tous les matins et tous les soirs en période scolaire, le Bataclan se trouve donc sur notre chemin. Et, pour la première fois depuis le fameux vendredi, nous pouvons emprunter le trottoir devant la salle de concert. Les deux grandes bâches grises et le camion de police ont disparu. Les fleurs, bougies, objets, textes et autres offrandes également.

Pouvoir passer, qui plus est en courant, est pour nous un événement.

La sensation de libération, dont je reconnais sans peine le ridicule, que j’éprouve alors me donne envie d’arrêter de courir. Pour regarder le trottoir et les alentours. Ce n’est pas la première fois que je le fais depuis le massacre mais c’est la première fois que je le fais sans épuisement et sans colère. Cette expérience, cet événement vécu, est à l’origine de l’ouverture de ces chroniques.

Avec bache et hommage

Légende de la première photographie principale : Devant le café du Bataclan, le 27 décembre 2015, aux alentours de 10h30.
Légende de la seconde photographie  : Le même endroit (depuis un autre point de vue, le point de vue précédent étant à l’époque impossible), prise le 8 décembre 2015, aux alentours de 10h, depuis le trottoir du boulevard Richard Lenoir.

 

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