Traces (30/12/2015)

Le lundi 28 décembre, ma fille et moi rentrons chez nous en métro. Nous descendons à République, sortie « square Henri… ». Cela nous fait traverser la place. Depuis longtemps, bien avant les divers “événements”, ma fille considère cette statue comme la sienne. Son second prénom est Marianne.

Elle la regarde avec attention comme chaque fois. « Oh il y a beaucoup plus de monde que d’habitude. Il n’y avait presque personne la dernière fois ». Nous y passons souvent. C’est chez nous. “C’est les vacances tu sais. Il y a peut-être beaucoup de touristes”.

Nous assistons alors à une altercation entre un homme debout sur le tour de la statue, des feuilles à la main, et une femme juchée sur un vélib’. Les deux semblent avoir autour de soixante ans. La discussion porte sur ce que l’homme est en train de faire. Il tient dans sa main certains des papiers déposés par les passants.

“Vous n’avez pas le droit. Ce n’est pas à vous” lui dit la femme.

“Je ne les prends pas. Je vais les plastifier pour les protéger” rétorque l’homme.

“Si les gens les ont déposés comme ça c’est leur droit. Et c’est bien aussi que cela s’abîme, se détruise. Moi j’aime quand les fleurs se fanent.” insiste la femme.

“Mais les gens n’ont pas pensé à les plastifier, bien sûr, ils sont sur le coup de l’émotion. Nous on les plastifie pour que ça reste” ajoute l’homme.

Je lui pose alors la question de qui est ce “nous” : « Je suis avec un collectif qui se donne pour mission de rendre hommage aux victimes et de préserver les hommages ».

Quelles traces laissent les événements ? A qui appartiennent-elles ?

Légende : Photographie prise place de la République le 28 décembre 2016 aux alentours de 17h15.
Remarque sur la photographie : J’ai rendu non reconnaissables les visages des deux protagonistes de la scène par respect. Je les traite ici comme l’ensemble des “personnages”de ces chroniques. Celles-ci n’ont en effet pas pour fonction de citer tel ou tel mais de réfléchir à la manière dont la société fonctionne.
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