Apparition (4/01/2016)

L’autre tentation est d’interpréter toute modification du paysage du quartier au regard des événements de novembre 2015. Le sens de la trace physique réside pour une large part dans le regard porté sur elle.

Le 25 novembre 2015, j’ai pris cette photographie. Sur le moment, et alors que le quartier était encore recouvert de toutes sortes d’hommage et d’objets, il m’a semblé évident que cette baguette magique rose bonbon portait à son tour un message, en l’occurence d’optimisme.

Aujourd’hui je n’exclus pas que, perdue dans la rue par une enfant, cette baguette de fée ait été mise là par un passant. Comme ces gants égarés que l’on trouve parfois orner les piquets, au cas où leur propriétaire revenait sur ses pas. Mais que dire alors de la branche d’olivier, symbole de paix, qui semble jointe à  la baguette ? Un message ajouté à l’objet trouvé ?

Je fais une recherche à partir de Google image afin de voir si l’auteur éventuel de cet accrochage a posté quelque part un cliché de sa réalisation. La recherche est infructueuse. Le logiciel de reconnaissance me propose un feu de signalisation à Londres

Cette expérience de possible sur-interprétation de transformations du quartier illustre une des conclusions de John Urry dans son étude du « regard touristique ». Regarder les traces du passé et plus largement l’espace autour de soi est toujours une activité encadrée et structurée par une  familiarité préalable avec d’autres images. Au moment de la réalisation de cette photographie, l’habitude de tomber nez à nez avec des objets dans le quartier invitait à interpréter tout objet inattendu à travers cette grille de lecture.

C’est la décision d’écrire ces chroniques du quartier, dans une démarche qui malgré tout reste scientifique, qui a permis la mise à distance de la trace-baguette et de considérer les limites de cette interprétation initiale.

 

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