Nationalité (17/01/2016)

Place de la République comme devant le Bataclan, aujourd’hui encore, les drapeaux sont nombreux. Des drapeaux français certes mais aussi d’autres pays. Doit-on pour autant considérer ces drapeaux comme “étrangers” ? Ils le sont c’est indéniable : la France n’a qu’un drapeau. Mais ils ne sont peut-être pas que ça.

Ces drapeaux ont parfois été déposés par des touristes. La chronologie indique toutefois que leur apparition fut aussi le fait de Parisiens, qu’ils soient de nationalité française ou non. Juste après le 13 novembre, plusieurs textes, aujourd’hui déposés par les archives de Paris, exprimaient d’ailleurs la solidarité de tel ou tel groupe d’habitants de Paris, des Haïtiens aux Sri-Lankais en passant par Portugais, les Iraniens ou encore les Kabyles. Comment doit-on interpréter cette expression de solidarité à l’égard d’une cause nationale par un groupe particulier ?

Pour certains, cet affichage indiquerait que ces populations particulières se sentent françaises. Pour d’autres, il serait un signe supplémentaire de l’éclatement particulariste de la société française. En France, les commentateurs opposent en effet régulièrement “patriotisme” et “communautarisme”. La réaction aux attentats invite à dépasser cette dichotomie et à repenser les “codes de la différence” comme les a appelés Riva Kastoryano. La floraison de drapeaux permet de faire l’hypothèse que les individus puissent se sentir de plusieurs nationalités, à la fois d’ici et d’ailleurs, plus encore d’ici parce que d’ailleurs.

C’est ainsi à la suite des attentats de janvier 2015 que j’ai pris conscience de l’importance de la présence de personnes en lien avec la Kabylie dans le 11ème arrondissement et plus largement à Paris. Dès le 7 janvier au soir, sur la place de la République, j’ai remarqué la présence de drapeaux kabyles. Le 11 janvier, encore, j’ai été frappée du nombre de ces drapeaux bleus et jaunes au sein de la foule qui a envahi le quartier. Dans les recherches qui ne manqueront pas d’être conduites sur les réactions aux “attentats de Paris”, puisque c’est ainsi qu’on les nomme désormais, il conviendra ainsi de porter une attention particulière à la manière dont les différentes appartenances ont pu s’articuler, y compris pour se renforcer mutuellement.

This slideshow requires JavaScript.

Légende de la photographie d’ouverture : Prise le 9 janvier sur le boulevard Richard Lenoir, drapeau de la Kabylie apparu sur les lieux dès les jours qui ont suivi les attentats.
Advertisements