Nation (18/01/2016)

Je suis aujourd’hui en province. La ville ne porte aucune trace des attentats de novembre. Seule la banderole “Je suis Charlie” sur la façade du journal quotidien départemental rappelle que, en 2015, la France a vécu une vague d’attentats. Ici, bien sûr, pas de lieux du crime où aller rendre hommage. Pas davantage de drapeaux français affichés chez les commerçants ou de consignes à suivre pour recevoir un soutien psychologique. Les habitants vivent ici un tout autre quotidien que celui des riverains du “quartier du Bataclan”.

Ce constat n’est en rien un reproche. Juste une invitation à réfléchir sur ce qui constitue le caractère “national” d’un événement et ce qui lie les individus entre eux, dès lors qu’ils occupent un même territoire. Mais quel territoire ?  Le pays, la ville, le quartier ou encore la rue ?

L’absence de traces des événements dans l’espace urbain n’est bien sûr pas synonyme d’indifférence et leur omniprésence ne doit pas être interprétée systématiquement comme de l’empathie, d’autres dynamiques, par exemple de conformisme social, peuvent entrer en jeux. Plusieurs écoles de province comme de l’étranger ont d’ailleurs fait part de leur solidarité par l’intermédiaire de lettres et de dessins adressées à l’école de mes enfants.

Il reste que cette expérience de décentrement par rapport à mon quotidien au sein du “quartier du Bataclan” crée un fort sentiment d’étrangeté. Comment se forme la Nation comme communauté d’expériences ?  En ce temps d’appel à l’unité nationale, peut-on parler d’une unique expérience nationale face aux attentats ?

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