Normalisation (26/03/2016)

Depuis mardi, plusieurs messages, objets ou dessins rendent hommage aux victimes des attentats de Bruxelles. Pourtant ces messages sont relativement peu nombreux et sont apparus très progressivement. Aucun rassemblement n’a eu lieu sur la place de la République en solidarité avec les Belges qui sont pourtant voisins immédiats de la France et avec qui nous partageons la même langue, du moins pour une partie d’entre eux. Rappelant la manière dont les soldats allemands en charge de l’extermination ont peu à peu appris à tuer les Juifs, suivant un processus que Harald Welzer a décrit comme relevant davantage, et paradoxalement, d’une “normalisation” que d’une “brutalisation”, force est de constater que les réactions à ces nouveaux attentats relèvent à leur tour de codes sociaux et de conventions.

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Photographies prises entre le 22 et le 25 mars Place de la République.

Alors que, évidemment, les tueries de Bruxelles n’ont rien de normal, c’est donc une impression de début de normalisation qui ressort des observations du quartier cette semaine. Tout d’abord, la gestion du mémorial relève désormais clairement de routines d’ordinaire caractéristiques d’une pratique professionnelle. Dès le mercredi, sur la page facebook du collectif était affichée une solidarité, qu’il ne s’agit absolument pas de mettre en doute, avec les Belges.

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Page Facebook du 17 plus jamais ce jour-là le 23 mars.

Mais les images mises en avant sont d’abord le produit d’une pratique désormais routinière d’organisation, de rassemblement et au final de véritable fabrication des messages pour leur donner un sens cohérent. Ainsi le mardi 22 en fin de journée, deux membres du collectifs étaient en train d’agencer ces artefacts au pied de la statue. Artefacts présentés comme emblématiques le lendemain sur leur page facebook.

La manière dont ces événements prennent désormais un sens de plus en plus routinier apparaît également dans la réaction, bien sûr décalée, de ma fille de huit ans. Au courant des nouveaux attentats, elle traverse avec moi la place de la République mercredi soir. Elle voit alors une image de Tintin mise en avant au pied de la statue, et faisant donc un lien direct avec les dessinateurs tués en janvier 2015 et lectrice de Tintin, elle me dit  spontanément “Ah maman cette fois-ci c’est Hergé qu’ils ont tué ? !”.

Cette normalisation par l’intermédiaire des pratiques se retrouve dans les projets de monuments et de mémoriaux qui fleurissent ici ou là. Par exemple, l’association loi 1901 Génération Bataclan, qui a pour but de faire ériger un monument devant le Bataclan, est animée par des professionnels de la communication rompus à ces problématiques dans leurs pratiques professionnelles. De même, le budget participatif qui vient d’être clos par la mairie de Paris a été l’occasion pour plusieurs artistes de déposer des projets d’oeuvres liées à la commémoration des attentats, partant là aussi de leurs pratiques professionnelles. Enfin, il est fort à parier que les chercheurs dont nous avons déjà parlé en ce qu’ils ont entrepris des collectes de témoignages et des travaux de psychologie sociale sur des cohortes en lien avec les attentats sont déjà en train de voir comment développer la même approche pour le cas de Bruxelles, répondant là aussi à des routines professionnelles.

Cette normalisation en cours n’apparaît pas que dans l’influence des parcours professionnelles mais également, et ce n’est qu’un exemple, dans le rapport au lieu. Complet hasard, évidemment, le jour des attentats de Bruxelles fut aussi celui de la mise en place de l’échafaudage devant le Bataclan et du début des travaux, premier signe d’un retour que tout le monde dans le quartier qualifie d'”à la normal” .

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La normalisation en cours signifie ainsi une forme de banalisation des lieux comme des événements. Elle est plus encore l’indice d’une conviction sociale que cela peut  et va recommencer. Loin d’un retour à la normal donc mais plutôt l’habitude, en cours d’acquisition, de vivre aussi avec la peur. Juste après les attentats de mardi, la banderole “Même pas peur” a ainsi subi une nouvelle intervention. Quelqu’un y a ajouté, à l’encre rouge, le terme “Mytho”. Ce graffiti montre à la fois que l’on est sorti d’une relation de respect consensuel au mémorial et que, en même temps, ce n’est pas un retour à l’avant attentats car cet acte irrévérencieux rappelle précisément que la menace est toujours là. Et c’est bien d’abord cet écho là que, aux abords de République, ont eu les attentats bruxellois de cette semaine.

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Mobilisations (21/03/2016)

La mobilisation des membres du “collectif 17 plus jamais” semble avoir porté ses fruits. Les grilles ont été enlevées dès le jeudi 17 mars, lendemain de l’apparition des panneaux de protestation qui ont donné lieu à la chronique précédente. Le vendredi 18 mars vers 17 heures 40, la dame aux cheveux blonds et courts s’affairait comme à son habitude à ce moment de la semaine. Et les cartons de la discorde étaient rangés soigneusement face cachées le long du socle de la statut. Ce week-end, ils avaient disparu, partis à la poubelle ou archivés par un membre du collectif ? Un prochain conflit nous le dira peut-être.

A nouveau accessible, le Mémorial de la place de la République semble être entré dans une nouvelle phase. Il est désormais un lieu légitime de mobilisations, de la cause de la réaction aux attentats à celle de la révolution égyptienne ou de la lutte contre la modification du code du travail, en passant par la protestation contre la politique du gouvernement éthiopien.

Ce jeudi marquait le premier anniversaire de l’attentat du musée du Bardo en Tunisie. Plusieurs membres des familles des victimes ont choisi la place de la République pour rendre hommage à leurs morts. Ils y ont déposé photographies et fleurs. Il s’agissait également pour eux de faire entendre leur voix et de plaider leur cause.  De telles “mobilisations de victimes” ont donné lieu à plusieurs travaux de recherche. Elles apparaissent comme structurées par les rapports sociaux qui préexistent à l’événement, le traumatisme ne crée pas seul la mobilisation, mais également par l’action de l’Etat. Ici la mobilisation des victimes du Bardo est clairement orientée, en creux, par la politique publique. C’est en effet par comparaison avec le sort, symbolique et financier, des victimes  du 13 novembre que les victimes de l’attentat du Musée du Bardo formulent aujourd’hui leurs revendications. Il paraît ainsi cohérent qu’ils choisissent le même lieu pour se souvenir de “leur” événement et ainsi l’inscrire dans un espace de cause commun avec celui des victimes de novembre et janvier 2015 à Paris.

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Fleurs et photographies telles que déposées le 17 mars en fin de journée

Dès le lendemain, cette mobilisation des victimes du musée du Bardo a été appropriée par les membres du “collectifs 17 plus jamais”, avec une nouvelle mise en scène et l’apposition des traditionnels logos comme dans la photographie suivante. Ici la mobilisation est mobilisée.

 

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D’autres causes organisent, elles, leurs propres mises en scène. Vendredi, des militants ont eux aussi utilisé comme porte-voix les statue et le mémorial pour mettre en avant la cause de la révolution égyptienne.

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Juste derrière, une banderole rédigée en Oromo, prend une position militante dans la politique éthiopienne. Et utilise le site d’hommage aux victimes des attentats comme une tribune politique engagée, en substance : “A la mémoire des enfants oromo massacrés au nom du Master Plan”, plan d’expansion de la capitale du pays.

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La compréhension de ce texte a été possible grâce à l’aide d’une voisine du quartier et connaisseuse de l’Ethiopie.

Le socle de la statue est donc devenu un lieu de conjonction de causes et de mobilisations. Jeudi, le retrait des grilles avait déjà libéré la place pour une grand banderole : une ode à la jeunesse en lien avec la mobilisation contre la “loi El-Khomri”. Cette hybridation rend difficile la création d’un consensus autour d’un seul et même lieu pour, dans l’avenir, “commémorer les attentats de novembre” et leurs victimes. Les projets ne cessent de se multiplier en ce sens. Ils font à leur tour l’objet de mobilisations.

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Conflit (17/03/2016)

Quelques jours avant la manifestation contre la loi dite “El Khomri”, des grilles scellées ont été apposées autour du socle de la statue place de la République. J’ai d’abord pensé que leur installation serait ponctuelle et visait à protéger le “Mémorial”. Elles étaient pourtant encore là hier. De précédentes chroniques ont décrit la manière dont, paradoxalement, cette protection avait entraîné une détérioration des hommages disposés sur le socle. Les déchets ne sont plus retirés.

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Il y trois jours j’ai retrouvé la dame aux cheveux courts et blonds, membre du collectif 17 plus jamais, déjà observée au travail d’entretien des lieux à plusieurs reprises ces dernières semaines (Propriété et Pèlerinage). Avec son collègue, elle tentait de remettre de l’ordre à travers la grille.

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Outre la détérioration de la disposition des hommages, l’installation des grilles, et ce qui apparaît comme leur pérennité, modifie également le rapport à la commémoration. Tout d’abord, les gens qui s’arrêtent pour regarder, ou déposer, sont moins nombreux. Ensuite, certains s’adaptent en installant des portes bougies précaires ou en déplaçant leur envie d’aménagement et de mise en scène autour du “chêne du souvenir”.

Enfin, la présence des grilles semble aller de pair avec un retour de la place à une forme de normalité. Les skaters ont repris possession d’une large partie de l’espace et les vélos sont de retour tandis que la place de la République donne à nouveau lieu à une large diversité de mobilisations politiques qui viennent à leur tour s’afficher sur une grille qui délimite désormais deux espaces distincts, cantonnant la mémoire à un lieu précis.

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Evidemment cette dernière observation doit être mise en perspective. L’observatrice que je suis se trouve dans une situation classique de tout chercheur en sciences sociales, particulièrement théorisée par les anthropologues. Cette impression de réinvestissement de la place par des usages qui étaient les siens avant les événements est en effet susceptible d’être aussi le produit de l’observation elle-même. Désormais, les gens vont moins vers le “Mémorial” et celui-ci évolue peu. J’ai donc tendance à consacrer une plus faible partie de mon temps à son observation. Mon regard se trouve ainsi libéré pour regarder ailleurs. Dès lors reste ouverte la question, encore une fois centrale pour toute étude des processus sociaux où l’observateur est à la fois extérieur et membre de la société qu’il observe, de savoir si cette évolution vient des pratiques sociales des Parisiens et des touristes ou de la manière, donc différente, dont je les regarde depuis plusieurs jours.

Pour tout passant régulier de la Place de la République, la transformation de la signification du “Mémorial” ne souffre par contre aucune ambiguité : du consensus au conflit, qui a commencé à apparaître dans la chronique précédente. Ce conflit a pris hier une nouvelle forme. Le collectif 17 plus jamais a réagi à la mise en quarantaine du lieu qui dure depuis près de 15 jours maintenant, en affichant publiquement le conflit de propriété autour des hommages, d’une part, de l’espace public, de l’autre. Les cartons installés hier sont alors, à leur tour, l’occasion pour plusieurs passants de prendre partie pour l’un ou l’autre des bords du conflit : “Plaque + Arbre à 50 mètres” contre “Même la mort et l’hommage aux morts est réglementée”.

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Manifestation (10/03/2016)

Les messages déposés place de la République depuis janvier 2015 n’ont pas, et pour cause, encore donné lieu à une analyse exhaustive. L’impression qui s’en dégage est toutefois celle d’un appel à la tolérance et d’une mise en avant consensuelle d’une commune humanité. Evidemment, ce discours a été induit par la violence des événements commémorés. Il traduit toutefois une tendance qui précède de beaucoup les attentats. De nombreuses recherches ont en effet mis en évidence la manière dont des revendications collectives ou des politiques publiques se présentent comme “dépolitisée” à travers le registre de l’humanitaire et de droits de l’homme.

La nature des messages déposés à République, parfois directement inscrits sur la statue, évolue toutefois depuis quelques jours. Outre la mise en cause de responsables politiques, des prises de position explicites non seulement sur l’engagement de la France en Syrie ou sur le conflit au Proche-Orient, absentes jusqu’ici, se multiplient. Un tag à l’encre rouge incriminant l’Etat d’Israël a été réalisé sur le pourtour figurant les dates révolutionnaires que la statue a pour mission originelle de commémorer. De tels propos sont récents et le mémorial en était exempt jusqu’ici. Le registre humanitaire, particulièrement consensuelle, perd du terrain au profit de prises de position clivantes.

A cet égard, et malgré la protection du monument par l’installation de grilles (signe supplémentaire de sa patrimonialisation), la manifestation d’hier contre la réforme du droit du travail a accentué cette réappropriation conflictuelle du mémorial, fut-ce dans un registre complètement différent. A l’image de la photographie d’ouverture de cette chronique, plusieurs messages de contestation ont été apposés à la faveur de la manifestation, le drapeau syndical remplaçant les drapeaux nationaux qui ornent d’ordinaire le monument.

 

 

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Aujourd’hui, lendemain de manifestation, cet usage contestataire du monument, de nature d’ailleurs diverse, a connu deux altérations. Alors que je passais à République à 15h13, j’aperçois un homme en train de plier le carton figurant François Hollande en clown que j’avais photographié la veille. Je m’approche et lui demande pour quelle raison il s’approprie ce mannequin. Avec les autocollants de la manifestation sur son sac à dos, il m’explique rapidement que c’est lui qui l’a fabriqué et qu’il a utilisé le déguisement de clown de sa petite fille pour cela. N’ayant pas pu repasser hier à l’issue du défilé, il récupère son bien aujourd’hui, heureux et surpris qu’il soit toujours là (il l’avait d’ailleurs installé au lieu phare du mémorial tel que mis en scène par le collectif 17 plus jamais, face à la rue du Temple).

 

La mémorial à proprement parler a également été modifié, à l’intérieur même des grilles. Le tag à l’encre rouge incriminant Israël a été repeint et recouvert à la peinture beige (donc entre mon passage à 18h30 hier 9 mars et celui d’aujourd’hui à 15h). Bizarrement ce message figure pourtant encore, et en plusieurs exemplaires, sur des feuilles A 4 collées sur le socle du monument.

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La délimitation des responsabilités d’entretien du mémorial comme de sa destination, et de ce qu’il est légitime d’y faire figurer, reste visiblement encore à définir et est susceptible de devenir elle-même objet de conflit et de contestation.

Paradoxalement, la présence des grilles depuis plusieurs jours entraîne une dégradation du mémorial. Probablement du fait du frein donnée à l’activité des membres du collectif du 17 plus jamais, “gardiens” autoproclamés du lieu, mais également parce que les passants ne peuvent s’y investir en y déposant quelque chose, en y déplaçant autre chose ou tout simplement en lui donnant sens et en le faisant vivre, fut-ce sur un registre renouvelé. Le détournement de sens et de finalité des monuments n’a en effet rien de nouveau. Que ce détournement soit souhaitable ou non est une autre question qui dépasse le cadre de ces chroniques mais qui ne pourra manquer d’être posée par les instances en charge de la gestion de l’espace public parisien.

 

Journalistes (7/03/2016)

Le 10 janvier dernier, je me suis rendue place de la République à l’issue de la cérémonie de commémoration des tueries de janvier 2015. Comme tous les dimanche matins, j’étais accompagnée de mon fils de tout juste quatre ans. J’ai pris le temps d’observer puis lui ai demandé de ne pas bouger pendant que je prenais “des photographies des gens” selon ma formule. Il s’est alors rapproché de moi pour me dire très sérieusement, et un peu inquiet, “Maman tu as changé de travail alors ? Tu veux être journaliste maintenant ?” Cette scène, certes anecdotique, est l’indice de la présence de nouveaux personnages dans le quartier : les journalistes. Elle questionne aussi très directement ma pratique d’écriture des présentes chroniques.

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Légende : journalistes en train de filmer, le 10 janvier sur la place de la République.

Evidemment, les journalistes étaient là en masse dès le 14 novembre. Avec leurs camions de transmission, ils avaient élu domicile sur la place de la République certes mais aussi sur le terre-plein du boulevard Richard Lenoir, juste derrière chez nous. Cette bande de bitume, où se tient le marché bi-hebdomadaire, est un terrain de jeu très fréquenté par les enfants du quartier. Soucieux de permettre aux deux nôtres de reprendre leurs marques, nous y étions dès le dimanche 15 novembre. Ce fut l’occasion de la première rencontre entre eux et “les journalistes” comme les désigne maintenant mon fils. Les courses et les rires des enfants gênaient leurs prises de vue et de son qui avaient, visiblement, parmi leurs objectifs de mettre en avant la “peur du quartier” (peur que nous avions évidemment mais à côté d’autres sentiments dont la joie et le plaisir d’être ensemble et de courir).

Par la suite, la présence des journalistes s’est peu à peu estompée. Evidemment à la faveur de telle visite de célébrité ou de telle commémoration, les journalistes revenaient nous rendre visite. Prise le 8 décembre 2015, à l’occasion du “retour” des membres du groupe Eagles of Death Metal devant le Bataclan, l’image qui sert d’ouverture à cette chronique en est une illustration, certes extrême. A l’époque, je rentrais de l’école vers 9h du matin par le boulevard Richard Lenoir et ne savais pas pourquoi tant de journalistes, tout de noir vêtus, attendaient à l’angle du boulevard Voltaire et du Passage Saint Pierre Amelot, où il n’y avait pourtant rien à voir.

Aujourd’hui, les journalistes sont moins visibles. Pourtant, depuis que je tiens ces chroniques, j’ai repensé à plusieurs reprises déjà aux questions de mon fils. Est ce que je fais oeuvre de journaliste ? Je prends note au jour le jour d’événements et de pratiques dont je suis la témoin, je consigne avec soin paroles et interactions. Je tiens une chronique. Cette activité est bien au coeur de celle des journalistes.

Pourtant, la récente mis en ligne du nouveau journal Les Jours , m’a permis de prendre conscience des différences et complémentarités entre l’exercice qui est le mien et celui d’une journaliste avec laquelle j’ai comme point commun d’habiter à deux pas du Bataclan, d’une part,  d’avoir un fils scolarisé dans la même école maternelle, de l’autre. Les Jours proposent ainsi une chronique quotidienne “Treize novembre. Récits de la France d’après” dont le point de départ est le récit intime du vécu de l’auteur et qui s’oriente peu à peu vers des interviews de victimes ou d’acteurs de l’état d’urgence. Dans ces récits, c’est la rupture due à l’événement qui prime. Dans mes chroniques, si je prends la peine d’en avoir une lecture réflexive et critique, c’est la continuité est au final plus régulièrement mise en avant. Les deux faces d’une même réalité et deux femmes qui utilisent, pour partie au moins, leurs métiers pour faire avec l’événement et tenter de penser ses effets.

 

Voisins (1/03/2016)

Depuis novembre, les articles de presse comme les déclarations publiques de responsables politiques parlent de “riverains” des attentats. Des enquêtes à venir indiqueront si le terme est bien choisi et surtout s’il est pertinent de constituer en groupe unifié ces hommes et ces femmes qui ont parfois comme seul point commun d’habiter à proximité de lieux où se sont déroulées les tueries.

Dans tous les cas, ce rapport problématique des habitants, ou du moins de certains, avec les massacres commis en bas de chez eux n’a pas attendu le 13 novembre pour se faire jour. Certains “riverains” de Charlie Hebdo se sont constitués en collectif dès le printemps 2015. C’est pourtant le terme de “voisins” qu’ils ont préféré à celui de “riverains” pour se désigner de l’expression “Les voisins de Charlie”. L’objectif de ces voisins était de se ” ré-approprier leur quartier et leur ville pour y insuffler de la vie et de la couleur, refuser l’indifférence et se sentir concernés, démontrer, avec leurs moyens très modestes, que le “vivre ensemble” s’entretient et reste toujours à réinventer.”

Le 21 juin dernier, refusant l’image de tristesse donnée au quartier, des habitants, dont de nombreuses familles, ont organisé un pique-nique dans l’Allée verte qui coupe la rue Nicolas Appert. Aidés de leurs parents, les enfants ont alors peint de couleurs vives les poteaux qui balisent l’Allée et empêchent les voitures de s’y garer. Il s’agissait de redonner des couleurs gaies à leur espace de vie. Ces couleurs sont encore là aujourd’hui.

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