Conflit (17/03/2016)

Quelques jours avant la manifestation contre la loi dite “El Khomri”, des grilles scellées ont été apposées autour du socle de la statue place de la République. J’ai d’abord pensé que leur installation serait ponctuelle et visait à protéger le “Mémorial”. Elles étaient pourtant encore là hier. De précédentes chroniques ont décrit la manière dont, paradoxalement, cette protection avait entraîné une détérioration des hommages disposés sur le socle. Les déchets ne sont plus retirés.

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Il y trois jours j’ai retrouvé la dame aux cheveux courts et blonds, membre du collectif 17 plus jamais, déjà observée au travail d’entretien des lieux à plusieurs reprises ces dernières semaines (Propriété et Pèlerinage). Avec son collègue, elle tentait de remettre de l’ordre à travers la grille.

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Outre la détérioration de la disposition des hommages, l’installation des grilles, et ce qui apparaît comme leur pérennité, modifie également le rapport à la commémoration. Tout d’abord, les gens qui s’arrêtent pour regarder, ou déposer, sont moins nombreux. Ensuite, certains s’adaptent en installant des portes bougies précaires ou en déplaçant leur envie d’aménagement et de mise en scène autour du “chêne du souvenir”.

Enfin, la présence des grilles semble aller de pair avec un retour de la place à une forme de normalité. Les skaters ont repris possession d’une large partie de l’espace et les vélos sont de retour tandis que la place de la République donne à nouveau lieu à une large diversité de mobilisations politiques qui viennent à leur tour s’afficher sur une grille qui délimite désormais deux espaces distincts, cantonnant la mémoire à un lieu précis.

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Evidemment cette dernière observation doit être mise en perspective. L’observatrice que je suis se trouve dans une situation classique de tout chercheur en sciences sociales, particulièrement théorisée par les anthropologues. Cette impression de réinvestissement de la place par des usages qui étaient les siens avant les événements est en effet susceptible d’être aussi le produit de l’observation elle-même. Désormais, les gens vont moins vers le “Mémorial” et celui-ci évolue peu. J’ai donc tendance à consacrer une plus faible partie de mon temps à son observation. Mon regard se trouve ainsi libéré pour regarder ailleurs. Dès lors reste ouverte la question, encore une fois centrale pour toute étude des processus sociaux où l’observateur est à la fois extérieur et membre de la société qu’il observe, de savoir si cette évolution vient des pratiques sociales des Parisiens et des touristes ou de la manière, donc différente, dont je les regarde depuis plusieurs jours.

Pour tout passant régulier de la Place de la République, la transformation de la signification du “Mémorial” ne souffre par contre aucune ambiguité : du consensus au conflit, qui a commencé à apparaître dans la chronique précédente. Ce conflit a pris hier une nouvelle forme. Le collectif 17 plus jamais a réagi à la mise en quarantaine du lieu qui dure depuis près de 15 jours maintenant, en affichant publiquement le conflit de propriété autour des hommages, d’une part, de l’espace public, de l’autre. Les cartons installés hier sont alors, à leur tour, l’occasion pour plusieurs passants de prendre partie pour l’un ou l’autre des bords du conflit : “Plaque + Arbre à 50 mètres” contre “Même la mort et l’hommage aux morts est réglementée”.

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