Banderole (22/05/2016)

Les vacances scolaires approchant, la préparation de la fête de fin d’année occupe nombre des conversations entre parents du groupe scolaire de mes enfants. Le quotidien de ces trois écoles, situées à mi-chemin entre les locaux de Charlie Hedbo et la salle de concert du Bataclan, est encore marqué par les événements de janvier et novembre 2015. Tandis que de nombreux enfants font toujours l’objet d’un suivi psychologique, plusieurs familles ont décidé de déménager.

Il serait sans doute réducteur d’invoquer la seule peur de vivre dans le “quartier des attentats” pour expliquer cette situation. La peur est pourtant présente, en quelque sorte en creux. Elle est régulièrement évoquée comme un épouvantail à repousser. Cette semaine, lutter contre elle et célébrer la vie m’a ainsi été, à plusieurs reprises, présenté comme les deux motivations principales au maintien de l’organisation d’une fête de fin d’année.

Il est ainsi particulièrement singulier que ce soit précisément cette semaine qu’a disparu un symbole du Mémorial de la Place de la République.  Dès le 7 janvier 2015, immédiatement après le massacre des dessinateurs de Charlie, plusieurs personnalités avaient apposé sur le socle un message clair : “Même pas peur”, sous la forme d’une banderole improvisée au marqueur sur un simple tissu.

20151220_141935

Photographie de la banderole dans sa forme initiale, prise ici le 20 décembre 2015. © MB

Depuis son installation, et alors qu’elle est longtemps demeurée le message le plus volumineux installé sur la statue, cette banderole n’a pas cessé de se transformer au point que jeudi  19 mai j’avais envisagé de lui consacrer une chronique. Celle-ci devait qui le fil de cette évolution comme un miroir grossissant du processus global à l’oeuvre. C’est donc avec cette idée en tête que le lendemain, je suis allée lui rendre une nouvelle visite. Elle avait disparu. Sa disparition a rendu d’autant plus pertinent le fait de retracer les étapes qui l’ont précédée.

IMG_4060

Photographie de l’emplacement traditionnel, vide donc, de la banderole. La banderole a disparu entre le 19 mai au soir et la prise de ce cliché le 20 mai 2016, à 17h30.

La première modification de la banderole a attesté du basculement du mémorial d’une forme éphémère à une forme patrimoniale. Un an après son installation sauvage et spontanée, et la faveur des commémorations nationales de janvier 2016 q, les mêmes  artistes et humoristes sont revenus sur les lieux. S’ils ont laissé la version originale, ils l’ont alors recouverte d’une nouvelle banderole qui peut être qualifiée de “patrimoniale”. Celle-ci porte le même message que l’original mais avec un graphisme amélioré et surtout sur un support plus résistant, destiné à durer et à porter la commémoration sur le long terme. C’est cette image qui fait l’ouverture de cette chronique.

Alors confirmé comme point saillant du Mémorial, la banderole va par la suite devenir le témoin de l’évolution du propos social et politique qui s’exprime sur la place à partir de mars dernier et la mobilisation contre la loi travail. A ce titre, elle symbolise l’imbrication entre les deux causes que sont celle de la mémorialisation des attentats et celle de la lutte sociale. Ainsi, le 7 mars 2016, et donc avant “Nuit Debout”, je constate l’apparition du slogan “Liberté et fantaisie”. La fantaisie s’inscrit dans le prolongement du message d’origine, la liberté fait, elle, écho au contexte immédiat du début des manifestations, et d’encerclement du Mémorial par des grilles.

B2 9 mars 2016

Quelques semaines plus tard, et alors que le terrorisme vient de frapper Bruxelles, une autre grande ville européenne, le retour de la peur se manifeste sur la banderole. Quelqu’un y inscrit en grosses lettres le terme de “Mytho…”.

B4 7 avril

Photographie prise le 7 avril 2016.

Puis, le 4 mai, je réalise soudain que la banderole d’origine, qui jusqu’ici était toujours restée sous la nouvelle bâche plastifiée, a disparu. La banderole se détache de son origine mémorielle pour se transformer en étendard de causes portées par divers participants à “Nuit Debout” qui se tient alors depuis plus d’un mois : la critique de la consommation (sur la gauche), l’affirmation d’une lutte politique (avec l’autocollant noir en bas à droite  “Black Mamba. Antifascisme à la sauce parisienne”) et la dénonciation du système financier (avec l’autocollant vert en soutien aux Grecs).

B8 4 mai

Le 11 mai, un ultime message fait son apparition : “Vive Algérie, Tunisie, Maroc” (en haut à droite). Par le renvoi aux anciennes colonie et protectorats français au Maghreb, cette nouvelle inscription trouvera un écho troublant une semaine plus tard dans l’immense mémorial des “tués par la police”, qui recouvrira la partie Est de la place en réaction à la manifestation des policiers. La référence historique aux Algériens noyés lors des manifestations du 17 octobre 1961 à Paris y tiendra en effet une place centrale.

B 10 11 mai

L’évolution de la banderole entre janvier 2015 et mai 2016 décrit donc le passage d’une mobilisation en réaction aux attentats à d’autres mobilisations qui portent des causes diverses. Toutes s’inscrivent toutefois dans l’espace de la banderole. Que doit-on dès lors conclure de sa récente disparition ? Symbolise-t-elle l’incompatibilité entre la mémorialisation des attentats et l’affirmation des luttes sociales contemporaines ? Marque-t-elle la volonté de certains d’un retour à la peur ? Ou encore la fin de la fonction mémorielle de la statue ?

Alors que je viens de constater sa disparition, je m’adresse au membre du collectif “17 plus jamais” qui est en train de s’affairer sur la face Sud du socle. Des élèves d’une classe de français d’un collège protestant des Etats-Unis viennent en effet de déposer de nombreux messages et dessins. Mon interlocuteur les prend en photo. Il ira ensuite les protéger et les agencer.

Je lui fais part de la disparition de la banderole et lui demande si lui et ses amis en sont à l’origine. Il me fait par de sa surprise et de sa colère. “Elle n’est plus là ? C’est incroyable ! Vous savez ce ne sont pas les gens de “Nuit Debout”. Il y a des gars qui zonent. On s’est fait agresser l’autre jour. C’est comme ça. Mais là je photographie tous ces dessins. Regarder il y a des choses recto et verso”. Il s’interrompt et se tourne vers moi “C’est pour la mémoire vous savez”.

Mais quelle mémoire ? Avant toute chose, le vide laissé par la banderole fait ressortir l’absence de véritable construction collective, fut-elle conflictuelle, du sens à donner aux attentats de 2015 à Paris. Il met en lumière l’absence de l’Etat et de la représentation politique, nationale comme municipale, dans la gestion de ce mémorial éphémère qui constitue bel et bien une forme de privatisation de l’espace public, avant même le début de “Nuit Debout” ou l’organisation de la manifestation des policiers.

 

 

 

Advertisements

Privatisation (19/05/2016)

Samedi dernier, aux alentours de 18h, la polarisation quant au sens à donner aux attentats se donne à voir dans l’espace même de la place de la République, et aux marges de “Nuit Debout”. Sur la partie Ouest, dans la zone frontière entre l’accueil de la manifestation et le Mémorial aux victimes des attentats, des banderoles sont en train d’être réalisées. Elles prônent la solidarité et le rapprochement entre les individus quelles que soient leurs nationalités et leurs religions. Le drapeau américain apparaît ainsi au centre et à égalité avec ceux des autres pays, également touchés par le terrorisme.

A l’extrême Est, à l’autre bout de “Nuit Debout”, à l’orée du boulevard Voltaire, c’est un tout autre discours qui apparaît, celui de la dénonciation des bombardements en Syrie par un “Etat assassin” et la représentation graphique des Etats-Unis comme la nation coupable des crimes.

“Nuit Debout”, et son assemblée générale, se tiennent entre ces deux pôles. Elle est traversée, dans tous les sens du terme, par la question des attentats et de leur interprétation. L’occupation de l’espace public de la place participe de l’expression de cette fragmentation du sens donné aux attentats. Cette dynamique de fragmentation est renforcée par le fait que ce sont quelques individus, qui ne représentent qu’eux mêmes, qui mettent en scène les hommages déposés sur la statue depuis janvier 2015 tandis que la seule intervention de l’Etat dans ce domaine est un chêne de petite taille relégué au nord-ouest de la place et qui a aujourd’hui piètre allure. Cet espace laissé vide par la parole publique a laissé libre cours à une privatisation tant de la mémoire des événements que de la surface physique de la place.

Hier, la place a donné lieu à un autre forme de privatisation de l’espace public, lui aussi fragmenté. Des policiers ont donc manifesté sur la place de la République à 12h. Dès 11 heures, la place est entourée de barrières. Seuls les membres des forces de police, munis de leur carte professionnelle, sont autorisés à franchir les barrages. Les autres sont interdits d’accès. Aux barrières, des militants politique, des participants réguliers à “Nuit Debout” mais aussi de simples riverains ou passants sont surpris. “C’est notre place”, “la place n’a jamais été fermée”, “c’est la première fois qu’elle n’est que pour une catégorie de personnes”, “ce n’est pas chez eux, c’est chez nous”.

Comme le montre la photographie d’ouverture de cette chronique, les quelques policiers présents se concentrent sur la partie Ouest de la place, celle la moins occupée, le soir venue, par “Nuit Debout” dont l’essentiel des activités a lieu sur la partie Est. Les deux mouvements se répartissent donc de part et d’autre de la statue sur lequel a vu le jour le Mémorial. A chacun sa place, au propre comme au figuré.

Et puisque, sur cette place visiblement plus qu’ailleurs, la mobilisation politique passe par la mobilisation du passé, c’est un mémorial inédit qui, en réponse à la manifestation des policiers, se fait jour une fois l’accès à la place à nouveau ouvert. La zone dévolue aux commissions et assemblées générales de “Nuit Debout” est recouverte d’une inscription massive à l’entête “Ils ont déporté nos grands-parents. Ils ont noyé nos parents. Tout le monde déteste la police”. En dessous, des dizaines de noms en bleu, avec des dates en blanc sont égrainés suivi, et selon les cas, de pochoirs rouges “tué” ou “mutilé par la police”.

Quelques heures avant déjà derrière les barrières qui empêchaient l’accès à la place, pendant la manifestation des policiers, au sein des discussions, parfois vives, entre jeunes et vieux, entre femmes et hommes, entre militants revendiqués et simples citoyens, l’argumentation avait systématiquement fait un détour par l’histoire proche comme lointaine, des attentats de 2015 à la Commune, le plus souvent par la Seconde Guerre mondiale, en en tirant d’ailleurs des argumentaires et des leçons très différentes.IMG_4044

 

 

 

 

 

Voir (13/05/2016)

Plusieurs chroniques précédentes ont commencé à le dessiner : l’occupation de la place de la République par “Nuit Debout” met en lumière certains des clivages qui structurent la mémoire des attentats de janvier et novembre 2015 à Paris.

Ces oppositions se manifestent notamment à travers le rapport au drapeau français. Le socle de la statue matérialise ce décalage. D’un côté, des participants à “Nuit Debout” inscrivent jour après jour des slogans critiques. “A bas les frontières, brulez les drapeaux”. De l’autre, sur le fronton principal face sud, où se limite désormais l’action du collectif “17 plus jamais”, le motif tricolore domine.

 

Drapeau 2Métamoprhose 19

Il semble donc a priori que les deux faces du socle correspondent à deux rapports politiques différents à la patrie : un nationalisme ordinaire et un internationalisme militant. Pourtant, pour qui sillonne le secteur entre République et Bastille depuis plusieurs mois, les choses semblent plus complexes et le sens à donner à la pratique de l’affichage du drapeau multiple.

Dès le 13 novembre, quelques Parisiens ont accroché un drapeau français à leur fenêtre. La 25 novembre, l’appel de François Hollande à pavoiser en vue de l’hommage aux victimes en a conduit d’autres, plus nombreux, à le faire à leur tour.

Plusieurs commentateurs y ont vu une forme de patriotisme ou l’affichage d’une culture républicaine finalement bien portante. A ce jour, et à ma connaissance, une seule enquête conduite par Laurent Le Gall et ses collègues de l’Université de Bretagne Occidentale, a entrepris de parler avec celles et ceux qui, à Brest, ont mis les couleurs tricolores à leur balcon. Les premiers résultats de cette recherche, encore en cours mais où une cinquantaine de personnes a déjà été interrogée, semblent indiquer que les explications attendues ne fonctionnent pas, ou du moins pas complètement. Le nationalisme ou la culture républicaine ne seraient pas les principals moteurs.

Plusieurs pistes se dessinent : la référence à d’autres moments de l’histoire familiale où le drapeau a aussi fait son apparition semble avoir joué un rôle mais aussi, tout simplement, le fait d’habiter un appartement ou une maison visible, à l’angle d’une rue dans une perspective dégagée et qui donc peut être vue largement. Ici le positionnement de l’habitation est important.

C’est déjà l’une des conclusions auxquelles est arrivé le sociologue américain Randall Collins dans son étude des “rituels de solidarité“, dont le pavoisement, suite aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Malgré l’omniprésence de l’usage de la bannière étoilée dans la société américaine, l’affichage du drapeau a lui concerné, donc indépendamment de toute conviction patriote, principalement les zones urbaines et les immeubles avec vis-à-vis car un préalable indispensable était que l’affichage des couleurs nationales puisse être vu. Toutefois l’enquête de Randall Collins a été conduite principalement à Philadelphia et San Diego, donc dans un périmètre éloigné du lieu même des attentats. Qu’en est-il chez celles et ceux qui en furent les riverains ?

Le 25 novembre, je n’avais vraiment pas la tête à regarder les immeubles voisins avec les yeux d’une sociologue. L’idée m’est venue plus tardivement et du fait, cette fois encore, d’une expérience de décentrement. A force de me rendre dans d’autres arrondissements, je voyais, peu à peu, les drapeaux disparaître. J’avais l’impression que les gens les retiraient. Mais, à chaque fois, de retour dans mon quartier, tout me semblait rester à l’identique. Il y a maintenant un peu plus d’un mois , j’ai donc décidé de répertorier la présence des drapeaux dans le quartier du Bataclan et de Charlie Hebdo d’abord, puis dans plusieurs autres quartiers de Paris, ensuite. Une cartographie globale est encore en construction (pour y participer : sgensburger@yahoo.fr).

Dans ce qui suit j’ai reproduit les cartes de deux secteurs parcourus intégralement dans la semaine du 10 au 17 mars (il s’avère que dans le quartier, là où je passe tous les jours, aucun drapeau n’a disparu depuis). Un de ces îlots abrite un électorat traditionnellement à gauche, l’autre un électorat de droite où l’affichage du drapeau aurait pu sembler plus évident. L’un est habité par les lieux des attentats, l’autre, situé dans le quartier des Champs-Elysées, en est sensiblement éloigné.

Être vu

Effectivement, être vu semble un critère important. Beaucoup d’angles de rue, à l’ exposition multiple, donnent lieu au pavoisement. Et cela a été vérifié dans de nombreux quartiers, au-delà des deux cartes présentées ici. Ensuite, une forme de conformisme dans le pavoisement semble exister. Lorsqu’une rue compte plusieurs drapeaux, ils sont soit en vis-à-vis soit dans le même immeuble ou dans des immeubles proches. Faire comme son voisin est une façon de voir et d’être vu. C’est visiblement d’abord en tant que tels (peut-être davantage qu’en tant que “patriotes” ou “républicains” ?) que les Parisiens ont pavoisé.

Avoir vu

Enfin, et de manière frappante dans la mise côte à côté des deux cartes reproduites ici, ce n’est pas seulement être vu mais aussi voir et/ou avoir vu qui constitue un critère explicatif du pavoisement.

drapaux bataclan

Le “quartier du Bataclan” En rouge, les lieux des attentats, en bleu les lieux de drapeaux. 

Champs Elysées

Ici le relevé a été fait de manière exhaustive à l’intérieur du triangle formé par l’avenue des Champs Elysées, l’avenue Georges V et l’avenue Montaigne.

Plusieurs mois après les attentats “le quartier du Bataclan”est donc encore largement pavoisé et davantage qu’ailleurs, et de loin. Habiter proche des attentats, et donc avoir vu (revu et voir encore) si ce n’est les événements eux-mêmes au moins leurs traces, a incité à mettre un drapeau à sa fenêtre, et ce malgré un positionnement politique traditionnellement moins lié à l’affichage d’un patriotisme. C’est d’ailleurs seulement dans le “quartier du Bataclan” que j’ai trouvé d’autres drapeaux que français (ou de l’équipe du PSG) tels que des drapeaux bretons ou européens.

Mais l’importance de voir et d’avoir vu structure la répartition spatiale du pavoisement jusqu’au sein même du quartier des attentats. Les habitants qui donnent sur les lieux des tueries pavoisent davantage que ceux qui ne voient pas le Bataclan ou l’immeuble de Charlie hebdo, depuis leurs fenêtres. Ainsi la partie du boulevard Voltaire ou celle du Passage Saint-Pierre Amelot (où la photo d’ouverture est prise) qui donnent sur la salle de concert (même de loin, depuis l’autre côté du boulevard Richard Lenoir) sont des hauts lieux d’accrochage des drapeaux. De même, aux abords de Charlie Hebdo, une concentration particulière apparaît là où les habitants ont vue sur le siège du journal. La rue Pelée compte par exemple deux ensembles immobiliers identiques, des années 70. Au n°7/9, 7 drapeaux sont visibles aux fenêtres. Au n°17/19, aucun. Situé dans l’axe de la rue Nicolas-Appert, le premier immeuble donne sur les bureaux de Charlie Hebdo qui sont invisibles depuis le second.

Randall Collins a montré que, à San Diego ou Philadelphia, les drapeaux mis en solidarité commençaient à être retirés au bout de 3 mois et n’étaient plus là au bout de six. A Brest, Laurent Le Gall et ses collègues arrivent à la même conclusion.

A Paris et plus encore dans le “quartier du Bataclan” cette chronologie n’est pas respectée. Au-delà des inclinaisons politiques et des motivations personnelles des riverains qui ont pavoisé, et qu’il reste important de rencontrer et d’interroger, une approche spatiale permet dors et déjà de mettre en évidence un effet “quartier”. Elle invite à considérer le drapeau pour ce qu’il semble être : un moyen d’afficher son concernement, au-delà de toute signification idéologique particulière ou pour le moins univoque.

Drapeaux charlie 10 mars

Photographie de l’immeuble du 7-9 rue Pelée 10 mars 2016

Les données que j’ai collectées pour cette chronique ont été mises en cartes par Brian Chauvel, avec l’aide de Cécile Rodrigues. Source fonds de carte : Stamen toner / OpenStreetMap et contributeurs.

Sens (1/05/2016)

Au-delà du lieu, “Nuit Debout” a également en commun, avec les attentats, le moment de la journée.  Les tueries de novembre 2015 furent nocturnes. C’est la nuit que Paris a été confronté à l’horreur, c’est la nuit que les Parisiens se mobilisent aujourd’hui. Pour son observateur régulier, « Nuit Debout » vient pour partir du désir d’être ensemble, la nuit à République, dans ce lieu et dans ce temps qui furent ceux des attentats. Etre “debout” c’est d’abord ne pas être morts comme le furent tant d’autres ce fameux vendredi 13.

Mais c’est aussi porter une demande politique à l’égard des attentats. Au côté d’une revendication de justice sociale, c’est aussi une exigence de sens face à l’horreur qui est adressée aux dirigeants politiques et aux élites. Et cette revendication s’inscrit désormais en toutes lettres sur la statue “Mémorial” qui trône au milieu de la place.

La nuit dernière, veille de 1er mai, date symbolique des luttes des travailleurs s’il en est, ce n’est pas un message relatif au travail ou à la finance qui fut apposé en lettres gigantesques sur la statue. « Vos guerres, nos morts » est aujourd’hui le texte de plus grande taille qui figure désormais sur le monument et, au-delà, sur tout l’espace de la place. A cet égard, ce n’est peut-être pas seulement le décompte des jours du mois de mars qui caractérise la mobilisation actuelle mais tout autant celui qui scande une période post-attentat toujours ouverte, et à bien des égards chaotiques comme le sont, par maints côtés, aussi les “Nuits Debout”.

62 mars ou 171 novembre ?

Post-scriptum : La nuit du 1er mai a donné lieu à un ajout explicite, toujours au même endroit.IMG_3629