Couleurs (14/06/2016)

 

Hier soir, le lien entre Nuit Debout et les attentats est à nouveau apparu dans l’espace de la place de la République. En écho aux assemblées générales qui ont marqué les grandes heures du mouvement, et à l’appel des organisateurs de Nuit Debout, c’est un rassemblement en hommage aux victimes de l’attaque homophobe d’Orlando qui a réuni plusieurs dizaines de personnes.

13 juin 2016 Gay

De nouveaux dessins et messages ont alors été déposés sur le socle de la statue.

Les hommages déposés en novembre sur les lieux mêmes des attentats ont, pour une large part, été ramassés par les archives de Paris qui en assurent désormais la conservation. Il n’est en pas de même à République où, à ce jour, aucune politique publique d’archivage n’a été mise en oeuvre. Dans tous les cas, et mêmes conservés, ces documents sont à jamais séparés du contexte de leur dépôt. Il est d’ordinaire impossible de savoir qui les a apportés et dans quelles circonstances.

Dans une chronique précédente, j’ai déjà eu l’occasion de rapprocher un texte déposé devant le Bataclan de l’identité et de l’intention de celui qui l’avait rédigé. Hier soir, mon collègue Sylvain Antichan était présent sur la place de la République. Il a eu l’occasion d’observer plusieurs passants et d’échanger avec eux. Un jeune couple a déposé une banderole en papier “Plus vous tuez, plus on s’aimera”. L’entretien réalisé par Sylvain permet de redonner le contexte de ce document.

2016 06 13 Hommage

L’homme, 26 ans, et sa compagne, 23 ans, sont étudiants en philosophies. Ils sont arrivés à Paris en septembre 2015, depuis le Portugal. Ils sont portugais; et française pour elle, et belge pour lui. Ils habitent le 18ème arrondissement. Ils viennent régulièrement assister à “Nuit Debout” et écouter les travaux des commissions même s’ils n’ont jamais pris une part active au mouvement. Ils se disent notamment sensibles aux droits LGBT. Ce soir, ils sont venus en réaction à l’attentat d’Orlando et ont apporté une banderole.

Ils ont choisi avec soin le lieu où la disposer. Le jeune homme souhaite que la banderole soit installée tout près de l’hommage franco-belge, comme en écho à l’une de ses appartenances nationales. L’endroit choisi se situe également à la marge du secteur dédié au mémorial. C’est en effet la première fois que lui comme elle se rendent sur la place en réaction aux attentats et déposent quelque chose. Pour Bruxelles, le garçon était « trop dedans », il a « appelé des gens », il n’y a « même pas pensé ». Pour Paris, « on venait d’arriver » dans la capitale. Notre banderole : « on l’a fait y a une heure, dans un parc, à côté des archives », « on avait le matériel à la maison ».

Comment dès lors qualifier cette banderole ? De message politique ou d’expression de compassion ? Et de quel attentat est-il question  ? D’Orlando certes mais aussi de Bruxelles voire de Paris ?

Enfin, la participation à la mémorialisation des attentats dans l’espace  public est-elle le fait d’individus situés à une distance, géographique et affective, particulière avec les événements dramatiques commémorés ? Ni trop près, ni trop loin ?

Je me rends compte en écrivant ces lignes que, parmi nos voisins, et si une enquête systématique doit encore être réalisée, aucun ne m’a jamais indiqué avoir apporté quelque chose.

Moi et mon compagnon n’avons déposé ni message ni fleurs.

Seuls nos enfants ont allumé des bougies, à République, les 7 janvier et 15 novembre 2015 en fin de journée.

 

 

 

 

 

 

 

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