Drapeaux (27/06/2016)

Depuis hier matin, la reconquête municipale de la place se poursuit. Une manifestation de découverte d’activités sportives occupe désormais l’ensemble du lieu. Cela fait pourtant déjà plusieurs semaines que le quartier est aux couleurs du sport. Si République ne compte finalement pas de “fan zone” destinée à accueillir la population lors des matchs de la coupe d’Europe de football, depuis le 10 juin, elle est malgré tout régulièrement visitée par des supporters, français comme étrangers à l’image de cette famille suédoise qui se rend au “mémorial” des attentats avant le match de leur équipe nationale. Et au diapason, les habitants du quartiers affichent, ici et là, des couleurs nationales.

Ici le vent a roulé le drapeau suédois, disposé sur ce balcon du boulevard Voltaire. Cinq immeubles plus loin, un drapeau français a lui aussi été installé. Le premier a aujourd’hui disparu avec l’élimination de l’équipe suédoise à l’issue de la première phase. Le second est toujours là.

Dans le quartier, des drapeaux étrangers viennent donc s’ajouter à ceux, tricolores, affichés en réaction aux attentats et demeurés massivement aux fenêtres depuis, à la différence du reste de Paris comme l’a montré une chronique précédente. C’est ainsi plusieurs drapeaux qui sont parfois affichés : un français pour les attentats (sur le volet de droite), d’autres portugais (à gauche et sur les fenêtres) pour la coupe d’Europe, à l’image de ce cliché pris rue de Saintonge le 17 juin dernier, veille d’un match de l’équipe du Portugal.

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Mais ces nouveaux usages du drapeau se manifestent également au sujet du drapeau tricolore. Depuis le temps que je lève la tête pour observer les fenêtres, ma fille a pris l’habitude de me signaler, ici et là, de “nouveaux drapeaux” comme elle dit. Et ces deux dernière semaines elle a, à juste titre, remarqué l’apparition de plusieurs d’entre eux, aux terrasses des cafés bien sûr mais aussi sur les immeubles. Comme je lui ai expliqué, “ces drapeau-là sont pour la coupe d’Europe, pas pour les attentats”. A l’inverse, de mon côté, j’ai répertorié la disparition de plusieurs drapeaux comme si, pour plusieurs habitants, depuis le début de l’euro, l’accrochage de ces “autres” drapeaux français faisaient perdre son sens originel aux leurs. La situation particulière du quartier illustre ainsi la multiplicité des significations que peut revêtir un seul et même drapeau.

Parfois, cette superposition des significations se donne à voir sur une même devanture. Tel commerçant affiche depuis novembre un drapeau français mais en a ajouté un autre à l’occasion de l’euro, par exemple l’un au dessus du store, l’autre au dessous. Un café du quartier, devant lequel je passe presque tous les jours, donne lui à voir très clairement cette polysémie. Au drapeau mis en novembre dans la vitrine est désormais superposé un drapeau lié à la coupe d’Europe. La question de savoir si, comme je l’ai pourtant expliqué à ma fille, il est vraiment pertinent de séparer les drapeaux en deux catégories : ceux pour les attentats et ceux pour l’Euro. Les drapeaux français présents depuis novembre trouvent, sans aucun doute, un nouvel écho dans le pavoisement sportif. Et réciproquement, dans un quartier où le drapeau français est présent depuis les attaques terroristes, l’accrochage d’un drapeau français pour supporter l’équipe nationale ne peut peut-être pas faire totalement abstraction de la signification nouvelle qu’a pris la bannière tricolore ces derniers mois.

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Photographies prises respectivement en mars et juin 2016.

 

 

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