Silence (24/07/2016)

Le même motif se répète donc.

L’ampleur de la tuerie de Nice a cependant un écho particulier, comme en creux, sur mon compagnon et moi-même. L’événement nous a profondément atteints tout en nous restant, pour partie, étranger.

Evidemment, ma famille et moi, nos voisins et amis avons été horrifiés par le massacre. Comment ne pas l’être ? Mais dans le même temps, la distance, géographique mais aussi sociale, qui, cette fois-ci, nous séparait des événements, nous a fait prendre un peu plus conscience de la proximité violente avec laquelle, en janvier puis novembre 2015, nous avions, à l’inverse, fait l’expérience de tels drames. C’est une étrange répétition des faits, en ce qu’elle se mêle d’une différence radicale, que nous vivons depuis le 14 juillet. Les murs du quartier témoignent de ce renversement et de la manière rétrospective dont, désormais, le “13 novembre” prendra sa signification sachant qu’il a été suivi d’un “14 juillet”.

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Photographie d’un message inscrit sur la bâche de ravalement du Bataclan, prise le 19 juillet.

Après le 13 novembre 2015, des habitants du quartier ont pavoisé. Fenêtres d’appartements ou devantures de commerce affichent encore aujourd’hui le drapeau français. A l’origine c’est donc le déploiement des couleurs tricolores qui avait pour fonction de témoigner d’une forme de solidarité ou du moins de concernement. Aujourd’hui, ces drapeaux semblent faire partie du paysage. Et, cette fois-ci, c’est à l’inverse leur mise en berne qui indique une réaction sociale au récent attentat de Nice.

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Drapeau privé mis en berne devant un commerce du boulevard Beaumarchais, photographié le 16 juillet.

Ce lundi 18 juillet une minute de silence a été organisée à République. Pour janvier et novembre 2013, cela ne me serait pas venu à l’idée de me rendre sur la place pour une telle occasion. Lors des rassemblements massifs et spontanés qui y ont alors eu lieu, c’était plutôt le bruit et le besoin de se parler qui prédominaient.

Le 8 janvier 2015 à midi, moment de la minute de silence officielle, je me trouvais au siège du CNRS dans le 16ème arrondissement de Paris. Je participais ce matin-là à une réunion collective. C’est donc collectivement que nous sommes tous descendus dans le hall du bâtiment, pour nous taire.

Lundi dernier, j’étais seule chez moi. Je ne me serais pas rendue, seule, à République en tant qu’habitante. C’est comme sociologue, et uniquement comme telle cette fois-ci, que j’y suis allée. Au maximum, une soixantaine de personnes étaient présentes. Elles se sont prises par la main. Le contraste était saisissant avec la foule présente sur les lieux lors des précédentes attaques de ce type, à Paris et pour une large part dans le quartier.

Les réactions à tel ou tel attentat font de plus en plus référence simultanément à d’autres événements. Ainsi au pied du Mémorial, c’est sur un drapeau belge que des passants ont inscrit « We are Nice », renvoyant ainsi également aux attentats de Bruxelles. Et sur le lion, une femme est venue accrocher une croix copte avec une inscription en arabe. Réfugiée d’Egypte, elle s’exprime en anglais. Elle est venue en solidarité avec les victimes de Nice pour expliquer que les coptes sont victimes de la même violence, « alors que personne ne s’y intéresse ».

Et dans ce nouveau contexte de réactions parfois violentes, racistes et discriminatoires à l’égard des musulmans, le retour des bougies religieuses me font une nouvelle impression. Qu’a voulu dire la personne qui a déposé un cierge au nom de « Sainte Rita Nice ».

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Les attentats sont devenus l’occasion de défendre des causes et de porter des revendications. Loin du silence, les réactions qu’ils suscitent constituent autant d’occasion de prises de parole et de positions.

 

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